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« La proposition que porte E.Macron est vitale pour le pays »

7 mars 2017

Lors d’un entretien accordé à Jean-Jacques Bourdin sur BFM TV / RMC, François Bayrou a renouvelé son soutien au candidat à l’élection présidentielle, certifiant de sa confiance en l’homme et en son projet.

Notre invité ce matin, il est 8h36. François Bayrou, bonjour.

Bonjour.

« Que chacun se reprenne », a dit hier François Fillon, ajoutant, et Gérard Larcher a dit la même chose, « le débat est clos à droite ».François Fillon sera le candidat quoi qu’il arrive ?

Oui, c’était déjà joué depuis plusieurs jours, peut-être semaines, mais cet incroyable vaudeville, parce que c’est un vaudeville… les portes qui claquent, les démissions…100, puis 200, puis 300 parmi tous les responsables de la campagne électorale… et puis les mises en accusations, et puis les ultimatums..« Nous vous demandons de partir et de choisir vous même qui va vous remplacer ».. Tout cela donne aux Français qui nous écoutent, et aux autres un sentiment incroyable de perte de contrôle.

Un gâchis ?

Gâchis, c’est plus que cela, c’est un sentiment de perte de repères et qu’on se comporte dans le monde des partis politiques traditionnels comme on n’oserait pas se comporter dans une association ordinaire, dans une ville ordinaire. Il y a là quelque chose de profondément décourageant et dont on ne voit pas d’ailleurs de quelle manière on va pouvoir trouver l’explication.

Et à quoi tient cela François Bayrou ?

Cela tient à deux choses : Une chose qui est accidentelle, dont les affaires qui ont été révélées, l’enquête judiciaire sur François Fillon, et cela tient à autre chose qui est plus profond, c’est la profonde décomposition des partis politiques et des courants politiques traditionnels en France. La vérité c’est que, vous le voyez-bien, chacun de ces partis est séparé en courant hostile, antagoniste. Ils ne veulent pas la même chose, et comme ils ne veulent pas la même chose en même temps, tous les jeux qui sont à l’intérieur de ces partis dits « uniques », sont des jeux d’ambition, de courants, d’écuries comme vous le dites. Et donc tout cela  ruine, non pas seulement les partis mais la vocation politique, l’idée que les citoyens peuvent se faire d’une démocratie dans laquelle : un, leur voix est entendue, deux, leur représentation est assurée, trois, on dit la vérité sur les décisions qui sont prises.

Oui, mais François Bayrou vous avez connu ça, les accords électoraux, avant des législatives… Les accords, les désistements…

Et je m’en suis débarrassé.

On vous a tant reproché d’avoir penché pour François Hollande, on vous a tant reproché de ne pas avoir soutenu Nicolas Sarkozy… Vous êtes un homme de centre droit !

Un citoyen, et j’en suis un, c’est quelqu’un qui prend ses responsabilités, quand il est devant une situation qui est une situation grave, et dans laquelle son choix compte, le citoyen est libre du choix qu’il va faire. Quand il est un responsable politique, libre de l’assumer. Chaque fois que je me suis trouvé dans une situation comme celle là, j’ai fait un choix. Pas toujours le choix idéal, parce que…

Vous regrettez certains choix ?

Non. Non. Je regrette, je l’ai dit, et j’ai eu l’occasion de le dire, si je dois juger ces cinq années de François Hollande, je suis déçu de la manière dont il n’a pas assumé la responsabilité historique qu’est celle d’un Président de la République. Mais il y a une chose sur laquelle je suis vraiment très fâché, c’est la politique qui a été menée à l’Education nationale, et la réforme du collège. C’est à dire, cette volonté de rompre avec la tradition, la transmission que l’Education nationale donne à la France, de ce qui permet à un enfant d’être libre et de faire ses choix.

Vous avez écouté évidemment ou regardé Alain Juppé hier : « Pour moi il est trop tard » a dit Alain Juppé,  « Il y a  un désir de renouvellement de la classe politique, il y a un besoin d’exemplarité, j’ai été condamné en 2004, je ne veux pas exposer mon honneur et le mettre en pâture aux démolisseurs de réputation ». Y avait-il beaucoup d’amertume dans cette déclaration ?

Il a dit beaucoup de choses. Un, c’était une très belle déclaration, je crois que tous ceux qui étaient devant leur écran ont eu le sentiment, la certitude que c’était un homme d’Etat qui s’exprimait, quelqu’un qui était à la hauteur. J’étais heureux en écoutant cela de l’avoir soutenu tout au long de ces années. C’est la première chose. La deuxième chose, il y avait une mise en accusation de son camp, de la manière dont se passaient les choses, peut être de la manière dont il a été instrumentalisé, par les uns et les autres, pour servir d’intimidation. Troisièmement, il y avait une condamnation assez forte de la manière dont le candidat de son camp avait choisi de faire campagne, de s’engager. Il l’a donc dit, « gâchis ». Il a ajouté une chose, c’est que la perpétuelle stigmatisation d’un centre libre était pour quelque chose dans la situation que nous connaissons aujourd’hui. C’était donc un texte profond, juste et qui donnait la véritable dimension de tout ce qu’il y a  à reconstruire et qui ne pourra l’être que dans le temps.

Alain Juppé a été sévère avec sa famille politique, mais également avec Emmanuel Macron. Il a parlé d’immaturité, de manque d’expérience. Il a même dit qu’il ne « fera pas illusion ». Ces mots sont terribles, non ?

Il a donné, c’est vrai, un coup de griffe…

C’est plus qu’un coup de griffe ! Il dit qu’il n’a aucune illusion concernant Emmanuel Macron.

Reprenons les deux arguments. Le premier argument, la jeunesse.

L’immaturité !

La jeunesse, c’est ce qu’il veut dire. Qu’est-ce qu’Emmanuel Macron apporte ? Pour quelles raisons, moi qui avais eu des échanges aigres-doux -plus aigres que doux- avec lui, pour quelles raisons lui ai-je fait cette offre d’alliance ? Parce que la vie politique française a désormais un besoin vital et urgent- vous savez l’urgence vitale, comme on dit dans les accidents- de renouvellement, de reconstruction, de changement du paysage. Ce que porte Emmanuel Macron, malgré – ou grâce – à sa jeunesse, car s’il est jeune, c’est aussi qu’il n’était pas dans les combinaisons antérieures, où du moins pas trop, il est bon que cela existe. Si c’est par quelqu’un de jeune, réjouissons-nous en. Justin Trudeau, le chef du gouvernement canadien, n’avait que deux ans de plus qu’Emmanuel Macron. Le Canada n’est pas un petit pays, ce n’est pas une société sans importance.  Et il n’avait aucune expérience préalable tandis qu’Emmanuel Macron a été ministre de l’économie, ce qui n’est pas tout à fait rien. Deuxièmement, fait-il « illusion » ? Je ne crois pas. Je crois que dans les dernières semaines, Emmanuel Macron a gagné en densité, en poids. Vous l’avez reçu à votre micro, j’ai écouté cette émission. Vous ne direz pas que c’était une émission de quelqu’un n’existant pas.

Donc, savez-vous qui il est aujourd’hui ? Parce que vous ne saviez pas qui il était il y a quelques semaines !

Et bien, je ne le savais pas. Je ne le connaissais pas. Je l’avais rencontré une fois dans ma vie, en juillet.

Vous savez que le pouvoir de l’argent ne prendra pas le pas sur la politique ? C’est ce que vous aviez dit.

J’en ai pris la garantie absolue. Une des exigences que j’ai formulée c’est que nous écrivions une loi de moralisation de la vie publique, dans laquelle ce qu’on appelle conflit d’intérêt, c’est à dire la tentative de manipuler la décision politique par des gens très riches à leur profit. Cette loi interdira les conflits d’intérêts. Elle est sérieuse, et existe dans tous ou la plupart des pays européens. En Espagne, avez-vous vu à quel point la pyramide du pouvoir a été complètement renversée par les juges, parce que des pratiques insupportables avaient lieu ? Et bien, je veux, je voulais, et désormais, je suis assuré que nous aurons en France une loi de moralisation de la vie publique. Patrick Stefanini hier encore a dit « ces pratiques ont été mises en place au travers du temps pour apporter des compléments de rémunération aux élus ».

Est-ce vrai ?

Non, pas pour moi !

Mais était-ce vrai pour certains ?

Peut-être me trouverez-vous naïf : j’ai découvert ces choses-là ! Je savais bien qu’il y avait des élus qui employaient des membres de leur famille, mais la plupart de ces membres de la famille travaillaient ! Je n’ai jamais trouvé cela très sain et d’ailleurs c’est interdit au Parlement européen. C’est une discipline toute simple : on n’a pas le droit de le faire !

Était-ce un aveu de la part de Patrick Stefanini ?

Honnêtement, j’ai été étonné d’entendre cela parce que Patrick Stefanini présente cette pratique comme habituelle ! Et moi, je veux dire à votre micro qu’il n’est pas vrai que tout le monde fasse cela ! Je le dis sans élever la voix et j’ai pourtant envie de l’élever ! Cette manière de répandre le soupçon sur tout le monde et partout comme si c’était un monde complètement pourri… Il y a des élus qui nous écoutent : la plupart sont presque bénévoles ! Ils ont quelques indemnisations mais ils sont presque bénévoles ! Ils y passent tout leur temps ! Cette manière de laisser entendre qu’en réalité tout cela est absolument normal, classique, banal, répandu, je ne veux pas m’y joindre ! C’est pourquoi j’ai demandé – et nous sommes d’accord – qu’il y ait une loi de la moralisation réelle de la vie publique.

Vous avez vu ce que Corinne Lepage a écrit dans un livre en 2015 : elle affirmait que des assistants parlementaires servaient en réalité le MoDem. Votre secrétaire particulière aurait été payée par une enveloppe parlementaire de Marielle de Sarnez sur fonds européens.

Tout ceci est intégralement faux. D’ailleurs je signale que ces accusations n’ont pas été reprises. Pourquoi ? Parce que ce n’est pas vrai ! Il est vrai que nous avons des collaborateurs qui travaillaient à temps partiel pour moi – vous le savez bien, j’étais à Paris un jour et demi par semaine – et à temps partiel pour notre équipe européenne. Je trouve que c’est absolument légitime et absolument normal. Nous sommes un parti qui n’a pas d’argent et donc on fait des économies. Je le répète, c’est intégralement faux ! Les bulletins de salaire sont à disposition de qui veut.

Est-ce que vous trouvez qu’Emmanuel Macron hésite ? Manque-t-il encore de crédibilité ?

Je ne crois pas. Je pense que chaque jour, il gagne en crédibilité ! Chaque jour qui passe, on voit que la proposition politique qu’il porte est vitale pour le pays. Chaque jour qui passe, on voit que pour une fois, on ne va pas être prisonnier du choix soit des extrêmes, soit des deux partis qui tiennent le pouvoir depuis un demi-siècle et que l’on va pouvoir choisir une voie politique nouvelle, sérieuse, construite et qui voit le monde comme il est. Moi qui ai cherché pendant 15 ans cette voie politique nouvelle, qui ai travaillé à la faire naître, j’en suis heureux. Chaque jour, on voit que sa crédibilité s’affirme. Vous avez vu la manière dont son programme économique a été reçu. Ce matin encore, Alain Madelin -qui n’est pas spécialement un homme de gauche – a dit que son plan pour les retraites était excellent ! Emmanuel Macron est un homme jeune mais qui a su construire un équilibre dans sa campagne électorale : un équilibre pour que notre société gagne en efficacité et en créativité par de la liberté et d’un autre côté gagne en solidarité. Liberté et solidarité, c’est ce que la France cherche depuis si longtemps, car nous sommes incapables en France de faire des ententes larges au service d’idées évidentes si l’on veut avancer.

François Bayrou, je voudrais que nous terminions sur l’Europe. Les dirigeants français, allemands, espagnols et italiens se sont réunis. J’ai lu l’entretien de François Hollande dans Le Monde qui propose une Europe à la carte avec certains pays qui avanceraient plus vite que d’autres. Cela commençait par une défense commune. Y a-t-il urgence ? Est-ce un bon choix, une bonne idée ?

C’est un bon choix mais ce n’est pas un choix auquel on peut se limiter ! C’est un bon choix parce que vous voyez bien les responsabilités qui sont celles de l’Europe ! D. Trump vient d’être élu. Que dit-il ? Débrouillez-vous tout seuls ! « Jusqu’à maintenant, vous aviez l’OTAN, mais sachez que désormais vous allez devoir vous débrouiller tout seuls ! » dit-il à tous les peuples européens. Je trouve que cela n’est pas absurde que nous assumions nous-mêmes notre propre défense. Et si nous assumons cette orientation, alors il y a une chose évidente, c’est qu’il faut le faire ensemble ! Nous avons fait des efforts très importants mais nous n’allons pas assumer ces efforts tout seuls ! Donc l’idée que l’Europe marche vers une défense partagée, commune, organisée ensemble est bonne. Cela ne veut pas dire démantèlement de l’armée française, cela veut dire que l’armée française joue son rôle dans une organisation qui est celle où l’armée allemande jouera son rôle, etc.

Jusqu’où ?

Jusqu’au fait que, lorsque nous avons besoin d’intervenir loin de nos frontières, nous pouvons partager cet effort avec d’autres ! La France doit y jouer son rôle mais cette intervention doit être partagée par d’autres que par les Français ! D’ailleurs, il y a déjà des efforts de ce point de vue. Nous avons à Pau l’école des troupes aéroportées, les parachutistes. De nombreuses armées européennes viennent désormais s’entraîner à Pau.

Oui mais entre l’entraînement et l’intervention sur le terrain…

Oui, mais on y arrivera ! Il faut regarder la question européenne à la bonne échelle. Que manque-t-il à l’Europe aujourd’hui ? Ce qui manque à l’Europe aujourd’hui, c’est que les peuples y aient leur place ! Que les citoyens sachent ce que l’on décide, ce que l’on discute et comment les choix se font ! Dès cet instant là, dès l’instant qu’au fond « l’agenda » sera connu des citoyens, alors ils s’y intéresseront ! Ce qui aujourd’hui rend l’Europe incompréhensible et mal aimée, c’est que personne ne sait comment les décisions se prennent et par quels mécanismes les citoyens peuvent y être associés.

Merci François Bayrou.

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