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Cette élection présidentielle va être un message à l’Europe toute entière !

5 avril 2017

L’entretien donné à Yves Calvi ce mercredi fut l’occasion pour François Bayrou de confirmer sa confiance en Emmanuel Macron. Estimant qu’il est le seul à apporter un message de rassemblement et d’espérance pour la France, le président du MoDem voit en son projet un avenir plus serein se dessiner pour notre pays : un avenir qui révélera tout l’optimisme que les Français attendent.

 

Bonsoir F. Bayrou ! Une énorme partie de cette campagne a été totalement bloquée sur les affaires entourant F. Fillon. Votre engagement, que l’on vient de revoir dans ces images s’est fait sur un accord de moralisation de la vie politique. Vous avez dit aux Français à quel point vous estimiez cela important. On continue à avoir un certain nombre de doutes concernant les rapports du candidat que vous soutenez avec l’argent. Avez-vous eu cette conversation avec E. Macron ? A-t-elle été mise à plat ?

Bien sûr que j’ai eu cette conversation, bien sûr que j’ai eu tous les éclaircissements nécessaires. Si je ne les avais pas eus, je ne serais pas là. L’annonce d’une loi de la moralisation de la vie publique visant à empêcher tous les conflits d’intérêts. Vous savez ce que sont les conflits d’intérêts : le fait qu’un certain nombre de grands intérêts financiers, industriels ou autres, essaient de mettre la main sur le pouvoir politique. Ceci va être visé directement par la loi sur la moralisation de la vie publique, et cet engagement-là nous lie et me lie, je suis là pour en attester. Je crois que les Français savent que je n’ai pas laissé sur les 15 dernières années une seule affaire passer s’en m’engager. Vous vous souvenez sûrement de la liste des affaires sur lesquelles je suis allé moi-même jusqu’au bout, en justice pour obtenir

Et on vous l’a notamment reproché dans votre camp, à l’époque…

Oui, beaucoup ! C’est donc une attestation !

J’insiste : l’écart qui avait été noté comme considérable entre les revenus et la fortune déclarée d’E. Macron. Sa déclaration de patrimoine, ses informations sorties par le Canard enchaîné, révélant qu’il aurait fourni une fausse déclaration de patrimoine à la Haute Autorité dont on n’a plus jamais entendu parler. Ce sont des choses apurées, pouvez-vous vous engager ? Avez-vous abordé toutes ses questions avec lui avant de venir ? C’est très important !

Non seulement,je l’ai fait Yves Calvi, mais vous devez aller plus loin ! La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique a répondu à ceux qui la saisissaient qu’elle avait fait les vérifications nécessaires et qu’il n’y avait aucune zone d’ombre ! C’est d’ailleurs la deuxième fois qu’elle le fait, et auparavant le Fisc avait également effectué, comme pour tout ministre depuis l’affaire Cahuzac, une vérification. Non seulement ma parole est engagée, mais aussi celle du président de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique, qui ne me paraît pas être quelqu’un de particulièrement indulgent…

Était-ce délicat d’en parler avec lui en tête-à-tête ?

Non.

Cela s’est fait simplement ?

Comme tout se fait simplement ! Pour moi, ce genre de choses se fait simplement.

Revenons sur le débat qui s’est engagé hier soir. Si je vous dis que ça n’a quand même pas été brillant et que l’on avait l’impression incroyable d’un pays anticapitaliste et anti-européen, par la présence et prise de parole de ceux qui étaient là !

Ce que vous venez de dire est très important, c’est un jugement qui doit nous interroger. Vous dites anticapitaliste, je ne me définis pas comme capitaliste, vous le savez, mais je sais que l’économie de marché est la seule qui permet d’amener à un pays créativité et prospérité.

C’est dans ce sens que je l’employais…

Il vaut mieux le dire, car ceux qui nous écoutent pourraient avoir d’autres interprétations. Économie de liberté avec une régulation de l’État, mais dont le principe est la liberté en économie et dans l’entreprise, pour permettre de nouveaux processus, de nouveaux produits et de nouvelles usines. Deuxièmement, l’immense majorité  des candidats était anti-européenne. Il y a  là, en effet, la traduction d’un malaise profond et qui dure depuis longtemps. Si l’on ne répond pas à ce malaise, va nous mener à de très graves accidents. Evidemment, la plupart des propositions émises en ce sens sont des risques absolus pour les Français, y compris pour les plus pauvres.

Avez-vous appris une chose de ce débat, étant donné le cadre de ce dernier ?

J’y ai appris une chose très simple et très importante pour moi : le candidat avec qui j’ai fait alliance est le seul qui a osé s’affirmer européen sur le plateau, en disant qu’il n’y avait pas d’autres possibilités pour un pays comme le nôtre d’affronter les vagues du monde s’il n’y avait pas cette solidarité entre pays européens. Le seul qui se soit prononcé pour que l’Entreprise soit comprise, soutenue et aidée au lieu d’être combattue et empêchée. Le seul qui a présenté une idée de la société, dans laquelle on peut faire confiance aux gens et ne pas être dans la défiance à leur égard. Ces trois éléments que sont l’idéal européen – même si l’on sait bien qu’il faudra changer beaucoup de choses, et on y reviendra – l’économie de liberté et la confiance : comment bâtir l’avenir autrement ?

J’insiste : en fait, hier soir, ils étaient 9 à voter soit non à Maastricht, soit au référendum de 2005.

Ils étaient 10 !

Si la finale est bien celle entre M. Le Pen et E.Macron, cela va-t-il être un référendum sur l’Europe ?

Sur l’Europe, sur la liberté, sur la compréhension, sur la confiance, sur l’entreprise !

Ce que je vous dis ne vous inquiète pas ?

Cela sera l’occasion pour les Français de dire leur choix profond, et pour tous ceux qui y croient de s’engager enfin ! Au lieu d’avoir une société politique dans laquelle tout le monde passe son temps à se cacher, à se dissimuler, à se peindre « couleur muraille » pour ne pas défendre ses options et ses sentiments… Nous allons avoir au contraire une échéance démocratique dans laquelle on pourra dire ce en quoi on croit. Je suis persuadé que le résultat sera bon pour l’option que je défends, mais plus encore, cela va être un message à l’Europe toute entière, peut être au Monde. On n’imagine pas à quel point cette élection est scrutée, parce que beaucoup de gens ont le sentiment que la France est sur une pente dont elle ne contrôlera plus l’issue. On va voir tout à coup la France retrouver de l’optimisme !

Cela ne se décrète pas l’optimisme !

J’y crois profondément, pas seulement depuis aujourd’hui ! J’ai publié un livre qui s’appelle Résolution française : le thème d’entrée est que je sentais que le temps du pessimisme était révolu et qu’on allait découvrir le besoin d’optimisme de la France. Non seulement cela ne se décrète pas, mais cela se gagne !

Pour cela, il faut gagner l’élection… Deux ou trois questions qui vous concernent F. Bayrou. Pourquoi ne vous voit-on jamais avec votre candidat en campagne ?

On vient de me voir sur votre écran !

C’était le jour où vous avez scellé l’accord, ce n’est pas la même chose !

Pas du tout, nous étions à Reims. Je vous rassure et je vous le dis à ceux qui nous écoutent, je viens de le quitter à l’instant : Emmanuel Macron sera à Pau, le 12 avril, où nous tiendrons meeting ensemble. Simplement, je n’aime pas les organisations de groupie.

Comprenez-vous que l’on puisse avoir l’impression que vous êtes en retrait ?

Non seulement, je ne suis pas en retrait, mais je suis en situation de responsabilité pour convaincre les Français, et aller dans ce sens-là.

Êtes-vous en train de me dire, de façon élégante, que vous ne pouvez être le subordonné d’E. Macron ? Que vous voulez simplement être son égal dans cette campagne ?

Qu’entendez-vous par son égal ? Il n’y a qu’un seul candidat à la présidence de la République ! Chaque fois que j’ai moi-même été dans cette situation et que j’avais des soutiens, je n’ai pas passé mon temps à les mettre en scène autour de moi.

Vous souhaitez donc lui appliquer vos propres actions à ce sujet lorsque vous étiez en campagne ? 

Vous avez tout compris ! Être candidat à la présidence de la République signifie que vous êtes à votre compte, et non pas dirigé. Vous êtes en situation de responsabilité parce que l’exercice de la fonction présidentielle est une question personnelle !

Je reviens à la loi de moralisation. Je vous demande une réponse très concrète. Quel contenu voulez-vous donner à cette loi de moralisation de la vie politique ? Ne partons pas dans une envolée lyrique sur les valeurs…

M’avez-vous entendu partir sur une envolée lyrique ?

Vous avez cette tendance…

J’ai beaucoup moins tendance à avoir ces envolées que vous à avoir ces soupçons !

Très bien. A quoi cela va-t-il ressembler ? Quelles sont les idées que vous avez en tête ?

Premièrement, la loi la plus sévère que l’on puisse avoir en Europe sur ces influences que le monde des grands intérêts financiers et industriels peut faire peser sur le pouvoir politique. Pardonnez-moi de le dire : nous venons d’en avoir des exemples stupéfiants dans la vie politique française, même si ce n’est pas ce que l’on retient le plus. Des responsables politiques qui se font payer par des entreprises ! Vous le voyez bien. Dans l’actualité récente, on a découvert que certains candidats se faisaient stipendier par des entreprises.

Dites-nous qui.

Vous voyez très bien de qui il s’agit. François Fillon… une des choses les plus frappantes, c’est cela : avoir accepté que des grandes entreprises salarient des responsables politiques de premier plan. Ceci pour moi est insupportable et dans tous les pays du monde rejeté.

Il est salarié par qui, François Fillon ?

Vous le savez bien.

Non, je suis désolé.

Faites votre métier de journaliste. Il y a eu une conférence de presse.

Vous l’évoquez et vous n’allez pas au bout de votre idée.

Non. Vous en avez parlé sur votre plateau dix fois, pendant des heures, avec des très grandes sociétés qui avaient employé François Fillon contre des sommes très importantes, ces derniers mois. Ceci, dans tous les pays démocratiques, est interdit. Je veux que ce soit interdit en France. Vous me demandez des choses concrètes : je veux que cela soit interdit. Hier soir au débat, Emmanuel Macron a dit que ces fonctions de conseil seraient incompatibles avec la fonction de parlementaire. C’est la première chose. Deuxièmement, il faut une clarification et une régulation sur le financement des parts politiques. Pourquoi ? Il y a des lois extrêmement sévères, à juste titre, sur le financement des partis, mais il y a des micro-partis, c’est-à-dire des structures qui permettent de tourner la loi sur le financement des partis politiques.

Interdiction des micro-partis ?

En tout cas, régulation absolue ! Troisièmement, il faut que la fonction politique soit soumise aux mêmes règles qui touchent le citoyen. Par exemple, que dans la fonction parlementaire, il n’y ait pas des indemnités non-soumises à l’impôt !

Donc les micro-partis, au MoDem, vous n’avez jamais connu cela ?

Jamais. Vous entendez ? Jamais, ce n’est pas mal. Qu’un responsable politique d’un parti qui compte puisse vous dire : « chez nous, il n’y a jamais eu de micro-partis », ce n’est pas une chose négligeable.

Nous n’avons toujours pas compris avec qui vous alliez gouverner. Je ne vous interroge pas sur le fait que vous soyez Premier ministre, vous ne me répondrez pas… mais comment allez-vous gérer, avec Emmanuel Macron, des candidats législatifs dont une bonne partie seront des débutants ?

Des débutants dans la fonction parlementaire, il y en aura de toute façon des centaines, puisqu’il y a plus d’une centaine de parlementaires qui ne se représenteront pas en fonction de la loi sur le cumul des mandats. Cela ne vous heurte pas quand il s’agit d’un candidat nouveau pour le Parti socialiste ou pour la droite. Vous n’y voyez pas de difficultés particulières, ontologiques. Vous trouvez cela normal. Il se trouve que chez nous, il y en aura davantage et ils seront porteurs de la volonté de changement que les Français vont faire entendre.

La politique est un métier ?

Non, la politique est une vocation.

La politique doit se faire de façon professionnelle ? Sinon, il faut que vous arrêtiez.

Je ne sais pas ce que « professionnel » veut dire. J’ai eu un métier avant de faire de la politique. J’en ai même eu un pendant que je faisais de la politique, puisque comme chacun sait, j’ai élevé des chevaux. J’ai eu cette petite entreprise agricole. J’étais très fier qu’elle tourne. J’ai eu ce métier. La politique, pour moi, ce n’est pas une activité professionnelle, c’est une vocation qu’il faut traiter de façon professionnelle.

Ce n’est pas le sens de ma question. La crédibilité de ce que vous pouvez mettre en place avec Emmanuel Macron repose sur le fait qu’il finira par trouver une majorité.

Ce n’est pas « il finira ». Je vous donne le calendrier précis. S’il est élu le 7 mai Président de la République, il y aura un gouvernement environ une semaine après. Il y aura des élections législatives. Il y aura un candidat de cette majorité nouvelle, de cet élan nouveau, dans chacune des circonscriptions et ces candidats formeront une majorité, parce que le peuple français, dès lors qu’il aura fait ce choix de renouvellement, de renouveau profond, il donnera au président de la République et au gouvernement la majorité qui leur permet de gouverner la France. C’est simple comme bonjour.

Que faut-il dire à la droite avant le premier tour pour qu’elle prenne position contre Marine le Pen si finalement Emmanuel Macron est qualifié et que François Fillon n’est pas présent au second tour de l’élection présidentielle ?

Vous, vous dîtes « droite », je dis « citoyens français ».

Vous avez compris le sens de ma question. 

Je dis qu’il y a une démarche civique. Je dis que la démocratie, c’est quand chacun est responsable individuellement de l’avenir de son pays. Pour ma part, je sais que de droite, de gauche, du centre, il y a une grande majorité des Français qui ne voudront pas qu’on fasse courir à notre pays le risque fou d’annoncer la sortie de l’Union européenne ou de l’euro, c’est-à-dire, la destruction des bases solides sur lesquelles reposent l’économie du pays et de chacun des foyers. Je vais prendre un exemple très simple. Si on revenait aux francs, les prêts qui seraient faits aux Français pour acheter une maison ou une voiture seraient à combien ? 8% ? 10% ? Ils sont aujourd’hui à 1,5%. La certitude qui est la mienne, c’est que les Français ont en eux ce sentiment de responsabilité. Il suffit de s’adresser à eux sur ce sujet, en ne leur parlant non pas comme à des gens de droite, à qui on sert un discours mouliné, ressemblant à ce qu’on croit que la droite voudrait, ni à la gauche à qui on sert un discours mouliné, ni à quelque autre catégorie. Le mouvement que j’appelle de mes vœux est un mouvement civique, comme l’éducation civique. Il s’agit de porter, de susciter la responsabilité que chacun doit exercer.

 

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